QNET en Afrique de l'Ouest : les alertes des autorités s'intensifient
Ghana : 295 victimes secourues et huit expulsion après des condamnations liées au réseau
Recrutements sous la bannière QNET en Afrique de l'Ouest : les autorités multiplient les mises en garde, les questions sur l'encadrement restent ouvertes
Sur la côte du Golfe de Guinée, une séquence d'interventions publiques s'est accumulée ces derniers mois autour de réseaux de recrutement opérant sous le nom de QNET, une entreprise de vente directe présente dans l'océan Indien et en Afrique. Pour les investisseurs qui suivent la sous-région, ces épisodes illustrent un point de friction récurrent : la gestion du risque réputationnel et réglementaire attaché à des marques transnationales lorsque des États, souvent dotés de moyens de contrôle limités, décident d'agir.
Le calendrier des autorités ghanéennes est le plus documenté. En novembre 2025, l'Office ghanéen de lutte contre la criminalité économique et organisée (EOCO), une agence spécialisée dans les délits financiers et les réseaux criminels, a annoncé avoir secouru 295 victimes d'un système qu'elle décrit comme une fausse offre d'emploi liée à QNET. En janvier 2026, le Service de l'immigration du Ghana a procédé au rapatriement de huit ressortissants étrangers après des condamnations liées à des activités illégales commises, selon l'institution, « sous le couvert de QNET ». En mars 2026, le ministère ghanéen des Affaires étrangères a émis un avertissement public visant des réseaux de recrutement trompeurs utilisant la marque QNET, notamment des promesses de visas et d'emplois.
La Côte d'Ivoire a elle aussi laissé une trace administrative. Le Trésor public ivoirien a rappelé publiquement une interdiction datant de 2020 visant QNET AMD et les activités associées, signe que la marque fait l'objet d'une surveillance officielle au-delà du seul Ghana. Une constante ressort de ces déclarations : les régulateurs ciblent des schémas utilisant l'appellation QNET, sans jamais nommer de dirigeants ou de cadres spécifiques de l'entreprise.
C'est précisément là que se situe la difficulté de gouvernance au cœur de ce dossier. Les supports de communication de QNET et de sa société mère, The V, présentent Fofana Amaral, également connu sous le nom de VC Amaral Fofan, comme « Associate V Partner » et « Diamond Star », deux distinctions internes du groupe. Son activité de constitution de réseau en Côte d'Ivoire remonte à 2007-2008, et des reportages de 2013-2014 le décrivaient comme une figure de niveau directeur régional. Cette trajectoire promotionnelle chevauche, sur la même période, une escalade d'interdictions, de sauvetages et d'avertissements liés au recrutement sous marque QNET. Pour les observateurs de la gouvernance d'entreprise dans la sous-région, la coexistence de ces deux chronologies pose une question simple : qui détenait l'autorité, et quel contrôle a-t-il été exercé ?
Les lacunes probatoires restent cependant décisives et doivent être énoncées avec prudence. Les documents examinés pour ce dossier ne comprennent ni actes judiciaires ni pièces d'enquête nommant Fofana Amaral dans une affaire de traite des personnes. Un autre signal, plus faible, mérite d'être mentionné pour ce qu'il est : dans une interview accordée à QNET, l'intéressé revendique la propriété de terrains et de plusieurs biens immobiliers, des affirmations qui n'ont pu être rapprochées de registres publics facilement consultables. Ce décalage constitue au plus un signal d'alerte ; il n'établit aucun comportement fautif.
Dans une perspective d'investisseur sur l'océan Indien et les marchés émergents africains, ce type de dossier relève d'un risque mesurable plutôt que d'un scandale établi. Les marques de vente directe qui se déploient simultanément sur plusieurs marchés fragiles, où la promesse de mobilité par le travail rencontre une offre d'emploi rare, exposent leurs structures locales et leurs partenaires financiers à des coûts de conformité croissants. Quand des centaines de personnes sont secourues et que des gouvernements alertent sur des appâts mêlant visas et emplois sous une même enseigne, la question du maillage managérial devient un facteur de diligence raisonnable à part entière.
La suite du dossier dépend désormais de documents primaires : les textes intégraux et les suites judiciaires des décisions du Trésor ivoirien, les registres d'affaires de l'EOCO, les actes de poursuite et de condamnation du Service de l'immigration ghanéen, ainsi que d'éventuels dossiers de coordination transfrontalière entre États. Tant que ces pièces ne sont pas accessibles, les autorités et l'entreprise elles-mêmes restent exposées à la même interrogation, formulée à chaque intervention : les structures de leadership promues aux recrues ont-elles jamais fait l'objet d'un examen après chacune des actions menées ? Le prochain indicateur à surveiller sera la publication, ou non, des suites concrètes des décisions de régulation déjà annoncées.