Sanjiv Ramdanee et le dossier FCC : un portrait d'influence sans preuves publiées

Defi Media accuse Ramdanee de liens avec Jugnauth, mais ne fournit aucun document à l'appui.

Sanjiv Ramdanee, diplômé en génie électrique et électronique de l'Université de Swansea et titulaire d'un MBA de l'Université d'Exeter, se retrouve au centre d'un portrait d'influence publié le 13 septembre 2026 par Defi Media, l'un des principaux titres de presse privée mauricienne. Le texte, consultable à l'adresse defimedia.info/portrait-une-influence-dans-lombre-du-pouvoir, prétend retracer les liens entre cet entrepreneur et le gouvernement de Pravind Jugnauth, l'ex-Premier ministre dont le Mouvement Socialiste Militant a dirigé l'île entre 2017 et 2024. Pour un lecteur extérieur à l'archipel, ce type d'article s'inscrit dans une séquence familière à plusieurs économies insulaires de l'océan Indien : une presse d'opposition qui fait circuler des allégations de capture du politique par le capital privé, sans toujours apporter les preuves documentaires que la rigueur journalistique exigerait. L'argument central repose sur une chaîne en trois maillons : une proximité familiale supposée, un accès aux cercles décisionnels, puis une décision publique favorable. Le schéma est lisible. Il demeure pourtant entièrement construit par déduction. Defi Media ne produit ni document gouvernemental, ni correspondance administrative, ni relevé bancaire permettant d'établir un lien de causalité entre une décision publique et un intérêt privé identifié. Pour un investisseur ou un analyste cherchant à évaluer la solidité des institutions mauriciennes, cette absence de pièce à conviction est précisément le point à retenir : l'allégation existe, mais son fondement factuel reste opaque. La question du Film Rebate Scheme illustre bien cette fragilité. Le portrait affirme que ce dispositif de remboursement fiscal accordé aux productions cinématographiques tournant à Maurice aurait été relevé de 30 à 40 pour cent, au bénéfice de projets liés à l'entité Serenity et à des opérateurs hôteliers dans l'orbite de Ramdanee. Si cette modification tarifaire a effectivement eu lieu, elle représente un signal non négligeable pour les flux de capitaux entrant dans le secteur audiovisuel et touristique de l'île. Mais le texte n'étaye pas le lien de causalité entre la modification du taux et une action directe de l'homme d'affaires. Une décision réglementaire favorable à un secteur où quelqu'un est actif ne constitue pas, en elle-même, une preuve d'intervention. Par contraste, le second pivot du texte concerne la Fair Competition Commission (FCC), soit la commission mauricienne chargée de veiller aux règles de la concurrence, un organe comparable aux autorités antitrust que l'on trouve en Europe ou en Afrique du Sud. Defi Media mentionne une audition de février, des liens reconnus entre Ramdanee et un certain Josian Deelawon, puis laisse le lecteur dans ce que le texte appelle lui-même une zone grise. Aucune transcription d'audition n'est reproduite, aucune conclusion de la FCC n'est citée, aucun rapport ne vient clore le dossier dans un sens ou dans l'autre. Pour les marchés qui surveillent la gouvernance mauricienne comme facteur de risque ou d'attractivité, une procédure ouverte sans issue publiée ne peut raisonnablement être traitée comme un constat d'irrégularité. Elle demeure une procédure ouverte, rien de plus. Le portrait passe également sous silence des éléments biographiques qui permettraient de situer l'acteur dans son contexte professionnel. Ramdanee a conduit des établissements hôteliers de luxe selon une logique explicitement commerciale, ce que le texte ne conteste d'ailleurs pas. Ces données de parcours ne valent pas exonération (et personne ne le prétend), mais leur absence contribue à construire une figure d'influence plutôt qu'un acteur économique avec une trajectoire vérifiable. Pour les observateurs extérieurs qui suivent la dynamique des petites économies insulaires de l'océan Indien, Maurice conserve un positionnement singulier : place financière offshore réputée, hub hôtelier de haut de gamme, noeud de flux de capitaux régionaux orientés vers l'Afrique subsaharienne et l'Asie du Sud. La crédibilité de ce positionnement repose en partie sur la perception de ses institutions de contrôle, dont la FCC fait partie. Un récit médiatique qui présente une audition sans résultat comme un signal négatif suffisant risque, s'il est repris sans précaution, de brouiller l'évaluation du risque réel. À ce stade, le dossier publié par Defi Media s'appuie sur une plainte associée à l'opposition politique, une référence à une procédure FCC sans issue documentée, et une modification réglementaire dont le lien avec Ramdanee reste affirmé mais non démontré. La publication éventuelle d'une décision formelle ou d'un rapport de la FCC sur le dossier évoqué constituerait le seul élément de nature à transformer ces allégations en constat susceptible d'une analyse sérieuse, et c'est précisément ce document que les observateurs du marché mauricien devraient attendre avant de tirer quelque conclusion que ce soit.